lundi 29 septembre 2014

SCOLARITÉ (ma scolarité)

Notre scolarité pèse lourd dans nos souvenirs, sans doute à cause de sa durée (20% de la durée probable de ma vie), mais surtout parce que c'est là que s'est forgée l'image que nous avons de nous-mêmes ; à mon avis une image très dépendante de nos résultats scolaires.

Je n'ai pas été à la maternelle ; je ne sais pas pourquoi ; à mon idée il n'y en avait pas à l'époque. Né le premier janvier 1950 j'entre en CP en septembre 1955, dans ma cinquième année donc.
Mon plus vieux souvenir d'école date du CP, la première heure je crois ; le maître nous avait fait prendre notre livre de lecture et nous lisions ; enfin, les autres lisaient ; moi je cherchais désespérément à quel endroit pouvait bien être le lecteur ; je risquais pas trouver, je savais pas lire ; lorsque j'avais raconté ça à ma mère elle m'avait envoyé dans les dents : tu n'as jamais voulu apprendre à lire avec moi.
Je termine le CP avec deux souvenirs marquants : un jour je souffle bêtement sur la plume de mon porteplume pour faire partir une espèce de poil qui salope mon écriture ; ce faisant je projette sur mon cahier une galaxie de petites tâches. Le maître me sort de ma place m'épingle le cahier ouvert dans le dos et me fait traverser la classe et pour faire bonne mesure celle de sa femme qui jouxte et communique avec la sienne. Je me souviens d'avoir pleuré, en fait avoir fait semblant de pleurer ; c'est la contenance que je réalisai alors avoir adoptée pour gérer cette première humiliation. Je passe sur la manière du maître, monsieur Amozénova, pour aborder avec mon deuxième souvenir du CP, l'autre point fort de ce hussard de la République, son côté visionnaire : ma mère va le voir pour faire le point au cours de l'année ; il lui déclare tout net que son rejeton vu ses performances, n'ira probablement pas très loin dans les études. Contente la maman je suppose !

Au milieu du primaire je change d'école ; je passe dans une école libre ; l'histoire familiale veut qu'ayant dû y mettre mon frère (c'était vraiment indispensable car il était malentendant et passablement agité et l'école républicaine ne savait pas gérer ça) mes parents avaient dû m'y mettre aussi car depuis son départ "je ne faisais plus rien à l'école".

Me voilà dans une classe à plusieurs niveaux : les CM1, les CM2 et ceux qui préparent le Certificat d'Études ; j'y passerai trois ans car, faute d'avoir réussi l'examen d'entrée au lycée, j'ai redoublé mon CM2 (sans vraiment m'en rendre compte eu égard à la composition de la classe).
Le régime : essentiellement français (une voire deux dictées par jour) et arithmétique ; c'est grâce à l'arithmétique que je découvre la dureté du noyer : le maître, un grand gaillard impressionnant, nous invite à nous mettre à la queue leu-leu par note décroissante, le premier se positionne contre son bureau et ainsi de suite jusqu'au fond de la classe ; avec sa règle en noyer donc, pédagogiquement appliquée sur nos doigts fermement saisis par sa grosse patte, il complète adroitement son enseignement par un peu de motivation.

L'année suivante en 1961, à 11 ans j'entre en 6ème à Saint Genès, immense bâtisse tenue par les Frères des Écoles Chrétiennes ; je suis en série C pour classique avec latin et à partir de la 4ème deux langues vivantes (anglais et allemand). Je finis l'année 4ème de la classe ; ensuite je ne cesserai de baisser.
Ma 3ème est catastrophique ; je suis au fond du classement ; plusieurs fois dernier au bulletin hebdomadaire. Malgré cela, pistonné par la mère de mon meilleur copain, professeur principale (français et allemand), je passe en seconde C ; je n'y reste qu'un trimestre, ma nullité en maths étant avérée. Je passe donc en seconde L (pour littéraire) où je suis beaucoup plus à l'aise, en tout cas beaucoup moins malheureux. Je passe le Bac en 1968, à l'oral pour toutes les matières, car les "événements de 68" ont complètement désorganisé le pays pendant plusieurs semaines ; je l'obtiens mention passable, avec une très grande majorité de mes condisciples puisque ce Bac a été "donné".

Je n'ai pas été heureux à l'école ; ma faiblesse en maths m'a pourri la vie et puis sans doute aussi mon manque d'énergie pour travailler ; je suis entré en fac de Droit, tout a changé ; j'étais un lycéen médiocre, j'ai été un bon étudiant.


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