samedi 21 juin 2014

TRAVAIL (mon premier job)

(Marion a dit hier à Mona que lorsque ses amis lui demandaient ce que je faisais à EDF, elle ne savait pas répondre)

J'ai été embauché à EDF le 1er janvier 1974, dans la Direction de la Production, juste au moment du lancement par le gouvernement de son grand programme nucléaire. Avec ma maîtrise de droit j'étais destiné à occuper des postes administratifs ou financiers. Après deux ans de formation, où je suis immergé successivement dans les services  du Personnel, de la Comptabilité, et des Affaires Générales (immobilier, logement des agents, fiscalité etc) je suis affecté à la centrale nucléaire de Dampierre en construction, pour occuper le poste de responsable du service administratif.

Je ne fais pas partie des gens particulièrement dégourdis et mes patrons lyonnais étaient défavorables à cette affectation. Un "gradé" qui me connaissait, ami de mon père, n'en avait cure et considérait que j'avais le profil et la personnalité pour cette fonction habituellement occupée par des gens sortis du rang, très compétents mais qui avaient parfois l'image d'âme damnée du patron, appliquant la réglementation d'une façon tatillonne.

La fonction du service administratif est d'assurer la fonction personnel locale : faire entrer les mutés et les embauchés dans le système de gestion du personnel et le régime propre de sécurité sociale, loger les arrivants (affecter les logements en fonction des compositions familiales, faire choisir les papiers peints, ordonnancer les loyers) faire en sorte que les éléments de paye soient entrés dans le système de paye (la gestion du personnel d'une centrale n'est pas simple avec les gens en 3x8, les gens d'astreinte, le pointage de l'activité journalière de tout ce beau monde).
Sous ma responsabilité j'avais aussi le secrétariat (à l'époque de l'arrivée des machines IBM à boule) et la documentation centralisée (administrative, réglementaire et technique) en cours de définition.

J'avais 9 personnes sous ma responsabilité. Tout le monde était jeune, tout le monde était plus ou moins novice dans sa fonction.
J'avais personnellement la responsabilité d'être celui qui assurait l'assistance de la direction en matière RH comme on dit aujourd'hui ; en réalité mes patrons en savaient beaucoup plus que moi dans ce domaine ayant occupé des postes de management depuis des années avant d'être nommés directeurs de centrale.
 Le mien était un type très bien, un humaniste, soucieux d'avoir de bons rapports avec les syndicats (c'est à dire avec la CGT -c'est l'époque où la direction d'EDF cherchait à dessérer l'étreinte de la CGT en donnant une place plus grande à la CFDT jugée plus moderne, moins systématiquement en confrontation).
Ce n'était pas facile comme entrée dans la vraie vie professionnelle (à l'époque on ne savait pas trop impliquer progressivement les cadres débutants) mais j'avais un environnement favorable : un démarrage de centrale c'est beaucoup plus cool relationnellement qu'une vieille boutique ; les gens arrivaient presque tous avec une promotion ; leur niveau de technicité pour le nucléaire était beaucoup plus élevé que celui des vieilles centrales classiques au gaz au charbon ou au fuel. On leur proposait des maisons neuves, modernes (une chambre par enfant) et surtout on recrutait énormément ; on essayait de ne pas embaucher de futurs syndicalistes CGT rétrogrades mais des jeunes ouverts et ambitieux ; à l'époque, on organisait la logistique des recrutements pour les chefs de service et on absorbait une douzaine de jeunes embauchés par mois.
Ma collaboratrice directe en matière RH était une amie, et une professionnelle aguerrie ; ça aide !

 Est ce que j'ai été bon dans cet emploi ? Techniquement j'étais bien préparé par ma formation ; je n'avais pas la compétence des administratifs blanchis sous le harnais dont j'étais l'alternative (j'étais le premier jeune diplômé à occuper cette fonction à la Production d'EDF) mais j'étais dynamique et pour moi un problème ça se réglait si on l'attaquait ; j'attaquais les problèmes que mon service rencontrait.


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